Interview Série

Coach Atkinson, Ep.1 – « Un leader et un compétiteur avec un très bon QI basket » (Nicolas Paul)

A la découverte de Kenny Atkinson, à travers une série d'entretien avec des personnalités qui ont bien connu le coach des Nets. Premier épisode avec Nicolas Paul, ancien agent et ami de Kenny.

Coach Atkinson

Head coach des Brooklyn Nets depuis 2017, Kenny Atkinson a d’abord été joueur avant de connaitre les bancs de la NBA. Meneur de jeu, l’Américain a pendant de nombreuses années foulé les parquets européens et a évolué dans plusieurs clubs français (Montpellier, Épinal, Mulhouse, Nantes & Evreux). Déjà entraîneur dans l’âme, il a également connu une expérience d’assistant coach au Paris Racing avant de s’envoler vers les États-Unis. Pour mieux comprendre le personnage, nous sommes allés discuter avec des personnalités ayant côtoyé de près le joueur Kenny Atkinson, mais également l’homme. Pour le premier entretien, M. Nicolas Paul, ancien agent et ami de Kenny.

Nicolas Paul : « Kenny était clairement perçu comme un joueur de tempérament »

Depuis quand connaissez-vous M. Atkinson ?

Nicolas Paul : Au début de la saison 2000/2001, le meneur Bosman (Klemen Zaletelde l’équipe d’Épinal s’est blessé et Christian Monschau qui coachait cette équipe m’a appelé. J’avais plusieurs joueurs dans cette équipe, des gars comme Clarence Thrash, Trevor Powell ou Jean-Philippe Tailleman et je lui ai recommandé Kenny Atkinson. Je n’étais pas encore son agent mais je le connaissais en tant que joueur et j’ai pensé qu’il pouvait vraiment aider cette équipe et je savais qu’il était libre. C’est plus un rôle de scout que j’ai eu, je n’étais pas en relation direct avec Kenny.

Comment êtes vous devenu son agent ? Comment-est il devenu basketteur ?

A la fin de la saison, Kenny a souhaité s’attacher les services d’un agent français et Trevor Powell lui a parlé de moi. C’est ainsi que notre collaboration a commencé. Il était content de ce qu’il avait vécu en France et donc on s’est eu au téléphone. Et puis le courant est bien passé. Même si je pense qu’à l’époque il avait des aspirations à retourner en Espagne, parce qu’il avait un passeport espagnol. Je n’ai pas d’information précise sur ses débuts dans le basket mais je pense que comme beaucoup d’Américains, il a débuté très jeune…

Kenny a sillonné l’Europe (Espagne, Italie, Allemagne, France notamment), la NBA était trop compliquée pour lui ?

Kenny Atkinson Richmond
Kenny Atkinson lors de son passage chez les Richmond Spiders (1990)

Malgré un beau parcours dans le tournoi NCAA avec son université de Richmond, Kenny n’a pas trouvé preneur en NBA. C’était pourtant un basketteur très technique et avec un très bon tir mais on sait que ça n’est pas toujours suffisant…

Suivait-il toujours la NBA lors des ses années européennes ? Avait-il une franchise de cœur ?

A vrai dire, on parlait très peu de NBA quand il jouait en France mais en tant que New Yorkais de souche, je pense qu’il avait une faiblesse pour les Knicks.

Il est resté quatre ans en France, avant de revenir plus tard à Nantes, quels lien entretenait-il avec la France ?

Kenny est vraiment tombé amoureux de l’Europe en général et de la France en particulier. Il était passionné par le côté culturel et historique des villes françaises. Il a adoré une ville comme Nantes. Je me souviens que pour plaisanter, il râlait quand je lui ai trouvé des jobs dans des villes qui n’avaient pas le même cachet telles qu’Evreux ou Mulhouse… Il n’est d’ailleurs pas resté que 4 ans en France puisqu’il a également passé 2 ans à Paris en tant qu’assistant.

Un séjour en France assez réussi en somme ?

Avec Épinal, il a joué près d’une saison, il avait terminé deuxième. Je crois même me rappeler qu’il avait été en demi-finale de la Coupe de France. En playoffs ça avait été chaud contre Roanne, je me rappelle qu’il y avait eu des bagarres entre lui et Makhtar N’Diaye après un match de playoffs. N’Diaye lui avait mis un pain dans la gueule, et il n’avait pas pu disputer le dernier match contre Roanne. La suite c’est à Nantes. J’avais passé le franco-américain Shaun Fein, qui était rookie à l’époque et qui est resté en France une dizaine d’année, et avec qui il s’est lié d’amitié. Fein a d’ailleurs intégré le staff des Nets à Brooklyn (NDLR : il est assistant vidéo et assistant assigné au développement des joueurs). Le coach était Thierry Chevrier, quelqu’un avec un vrai tempérament. Lui et Kenny c’était un peu chaud mais Thierry aimait bien les gros tempérament et Kenny aimait bien aussi les coachs qui disaient les choses directement donc au final…

Pourquoi n’être jamais resté dans un club ? Kenny avait la bougeotte ?

Pas spécialement la bougeotte puisqu’il est resté longtemps en France et il est revenu à Nantes pour y terminer sa carrière… Mais à l’époque, il n’y avait qu’un seul joueur européen par équipe et le nombre de jobs disponibles était donc limité.

Comment était-il perçu dans les différents clubs ? Était-ce un leader ?

Kenny était clairement perçu comme un joueur de tempérament ; un leader et un compétiteur avec un très bon QI basket.

C’est également un passionné, et ce depuis tout jeune ?

La passion du basket qu’il avait peut paraître banale, puisque généralement quand on joue au basket c’est parce qu’on aime ça. Mais il y a des joueurs qui aiment le basket sans être passionné. Lui il avait vraiment cette passion là ! Quand il a arrêté sa carrière de joueur, il est allé spontanément à des événements en Italie par exemple pour bosser le perfectionnement des jeunes prospects européens. Il faisait ça avec passion, avec intensité.

Comment était l’Homme Kenny Atkinson ? Calme, réservé, plutôt grande gueule, réfléchi… ? Quels étaient (sont) ses traits de caractères ? Sa principale qualité selon vous ?

Une grande ouverture d’esprit, un grand passionné de basket mais égale29171697023_b8a12784ed_bment une vraie soif de découvrir la France, sa culture et son histoire. D’ailleurs, il a mis un point d’honneur à apprendre le Français et le parle toujours couramment. Il avait toujours une réponse très tranchée quand on lui demandait son avis sur un joueur ou autre mais parallèlement à ça, il était toujours très réfléchi avant de prendre une décision quand une offre se présentait. C’était un gars vraiment sympa, pas du tout prétentieux mais avec une vraie personnalité. Avec lui, les débats quel que soit le sujet étaient toujours passionnés. On s’est rapidement lié d’amitié. C’est difficile de ressortir une qualité principale car il en a vraiment beaucoup ! Bosseur, franc, fidèle en amitié, mais il y en a beaucoup d’autres !

« Kenny avait clairement le profil pour devenir coach ! »

Il jouait à la mène. Selon vous les prémices du jeu collectif qu’il promeut depuis qu’il est coach ?

Non, je pense que ça n’a rien à voir. Entre ses différences expériences en tant que joueur en Europe et celles d’assistant avec les Rockets, les Knicks et les Hawks, il a côtoyé beaucoup de grands coachs et il a donc de nombreuses sources d’inspiration. Je sais aussi qu’il a toujours eu un grand respect pour les coachs français et européen. Christian Monschau par exemple. Je me rappelle qu’il avait un très grand respect pour Gordon Herbert, avec qui il a bossé à Paris lorsqu’il était assistant.

Devenir coach était-il un objectif déjà à l’époque ? C’est un coach qu’on dit proche de ses joueurs, cela vous étonne-il ?

De par son tempérament, sa passion pour le basket et sa faculté à avoir des avis très tranchés, Kenny avait clairement le profil pour devenir coach ! Je pense que Kenny a également toujours en lui un côté pédagogique très développé. Quand il était assistant à Paris, je me souviens qu’il s’était occupé individuellement de Joaquim Noah avant la draft. A cette époque, je lui avais envoyé Fabien Causeur (récemment vainqueur de l’Euroleague avec le Real Madrid, NDLR) et Romain Duport pour qu’ils se préparent avant de rejoindre l’équipe de France U20. Kenny était demandeur de faire bosser les jeunes individuellement.

Comme vous le disiez en Italie par exemple ?

Oui. Spontanément, il allait chaque année à l’Eurocamp de Trevise pour faire travailler les prospects européens pour la NBA. Sa passion pour le perfectionnement chez les jeunes n’est pas passée inaperçue très longtemps et c’est ainsi qu’il s’est fait remarquer par la NBA. Ensuite, quand il a intégré le staff des Knicks, je lui ai envoyé Fabien Causeur et Romain Duport et il les a accueillis les bras ouverts en été pour les faire bosser. Pour lui, le travail individuel n’était pas une corvée mais une passion donc il n’est pas surprenant qu’il soit proche de ses joueurs. Je me souviens que quand Jeremy Lin a explosé, ce dernier lui avait été très reconnaissant pour tout le travail effectué.

Kenny Atkinson, Jacque Vaughn, Spencer Dinwiddie
Kenny Atkinson retenu par son staff et ses joueurs face à Minnessota le 27 janvier 2018

Dans un match cette saison, on a vu coach K. s’emporter contre les arbitres et se faire retenir par ses joueurs… était-il du genre caractériel à l’époque ?

C’est clair que Kenny ne manque pas de tempérament mais je pense que c’est avant tout un compétiteur hors pair allergique à la défaite !

« Le costume de coach de l’équipe de France ? Il a le profil pour ! »

Il suit toujours le basket européen ?

Après le décès de Fred Forte (NDLR : ancien joueur et président de Limoges), il m’a tout de suite envoyé un texto pour me savoir ce qui s’était passé. Ils avaient eu l’occasion de faire connaissance pendant trois jours à New York. Je pense que l’un et l’autre avaient apprécié leur personnalité respective. En effet, parfois il me demande des nouvelles de Fabien Causeur, et il est content de voir qu’il a évolué jusqu’à devenir un joueur du grand Real Madrid. Il me demande mon avis par rapport à deux trois noms, d’autres joueurs européens.

Suivez-vous ce qu’il fait à Brooklyn depuis ?

Je l’ai toujours suivi et il m’a toujours accueilli avec la même gentillesse, que ce soit à New York ou à Atlanta. Je suis allé le voir la saison dernière à Brooklyn et ce fut un grand moment ! Son parcours est quand même complètement atypique !

Un retour en France vous semble-t-il envisageable ?

Actuellement, Kenny est en NBA donc je doute que la France soit dans ses pensées… Toutefois, c’est quelque chose qu’à une époque il avait réellement envisagé puisqu’en 2012, il m’avait demandé de le tenir au courant du marché des coachs en Pro A. Fred Forte voulait recruter un coach étranger et je lui avais parlé de Kenny. On s’était rencontrés à New York et pendant 3 jours, on a échangé différents points de vue. Puis Fred est rentré à Limoges et pendant tout le mois de mai, il a souhaité avancer sur Kenny. Il se trouve qu’à la même période, Kenny a eu l’opportunité d’une vraie promotion en passant des Knicks aux Hawks avec un rôle plus important donc il n’a pas donné suite. Ceci-dit, je peux facilement imaginer sur du long terme un Kenny Atkinson avec le costume de coach de l’équipe de France ! Il a le profil pour ! Il parle français couramment, il connaît bien le basket européen, il connaît bien le basket français… ça fait beaucoup de paramètres qui seraient favorables.

Propos recueillis par Ionim Fournier

(Le prochain épisode est a retrouver dès lundi prochain)

Coach Atkinson, Ep.2 – Jo Le Squère →

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