Actu

L’émouvante lettre ouverte de Caris LeVert au GM NBA avant sa Draft en 2016

Résultat de recherche d'images pour "caris levert michigan"

Miraculé. C’est sûrement le mot qui caractérise le mieux Caris LeVert après l’officialisation de la nature de sa blessure à la cheville. Un coup d’arrêt dans la progression de l’arrière des Nets dont le parcours pour arriver en NBA fut semé d’embûches. Son histoire vous avait peut-être échappé mais en 2016, Caris LeVert sort d’une saison blanche avec les Wolverines de Michigan lorsqu’il se présente à la Draft suite à une grosse blessure au pied. Celui qui sera drafté par Sean Marks en 22e position cette année là décide alors de rédiger une lettre ouverte publiée sur The Players Tribune à l’attention des GM NBA, dont nous vous proposons la version française.

Chers GM NBA :

Mon nom est Caris LeVert. Je suis un arrière d’1m98 originaire de Pickerington (Ohio), jouant à l’université de Michigan et il y a plusieurs choses que vous devez savoir sur moi.

Vous avez probablement entendu que je me suis blessé au pied il y a quelques mois. Et depuis que j’ai des problèmes au pied à l’université, les sceptiques sont apparus en masse. Maintenant, beaucoup de monde me demande si je pourrai redevenir le joueur que j’étais avant, si je suis assez fort pour me relever et être résilient face à l’adversité.

Honnêtement, c’est une chose étrange pour moi d’entendre ça parce que je sais tout sur l’adversité et la résilience. J’ai appris ces choses à un jeune âge. J’ai dû l’apprendre, je n’avais pas le choix.

Lorsque que j’ai eu 15 ans, ma vie a été bouleversée.

C’était le matin de Pâques en 2010. La nuit avant, mon frère Darryl et moi sommes allés voir la finale du Final Four dans la maison d’un ami. Lorsque nous sommes rentrés, tout était cool. Ma mère n’était pas en ville mais mon père était là donc nous avons discuté un peu avant d’aller au lit.

Cela a été la dernière fois que je l’ai vu vivant. Mon père est décédé 8 heures plus tard.

Darryl est celui qui l’a trouvé.  Il a couru dans ma chambre me réveiller. Nous étions censés aller à l’église à cette heure-ci, donc je n’avais aucune idée de ce qui s’était passé. Je me suis assis et je suis descendu avec lui pour voir mon père.

Et je l’ai vu. Mon père. Couché sur le canapé, immobile.

Darryl, qui a 11 mois de moins que moi, pleurait. On ne savait pas quoi faire – Je veux dire qu’on était des enfants, debout, seuls et notre père qui ne respire plus. J’ai appelé la police, ce qui n’a pas été facile. Mais le moment le plus douloureux, de lui, est le moment où la police est arrivée et que le décès de mon père était officiellement prononcé.

Ça fait mal. C’est… fini.

Mon père n’avait que 46 ans. Il était jeune… et fort. Il pouvait toujours me prendre la balle mais jamais je n’aurai pu imaginer qu’il puisse partir si vite. Les gens ne sont pas supposés mourir à 46 ans. Il a eu une crise cardiaque au milieu de la nuit. C’est complètement inattendu. Rien n’avait de sens.

Après avoir appris qu’il était parti et qu’il ne reviendrait pas, j’ai appelé ma mère et nous avons pleuré ensemble. D’une certaine manière, après cela, les choses sont devenues encore plus difficiles, j’avais encore d’autres choses à gérer. J’ai dû contacter le reste de ma famille pour annoncer la nouvelle.

Imaginez appeler vos oncles, vos tantes et vos cousins à Pâques, quelques heures après avoir découvert que votre père était décédé dans la nuit, et d’entendre la joie et le bonheur dans leur voix lorsqu’ils disent : « Heeeey, Caris ! ». Ils pensaient que j’appelais pour leur souhaiter une joyeuse Pâques, mais je devais leur dire que mon père était mort. Et je devais leur annoncer sans craquer.

Je ne pouvais même pas conduire à l’époque. J’étais en deuxième année au lycée, et je devais passer ces appels, les uns après les autres. Mon père et moi échangions des histoires sur le basket et il mourrait quelques heures après. Comme ça, sans adieux.

Donc oui, je connais tout de la résilience.

Une blessure au pied ? Une attelle de marche? Cela ne va pas me retenir. Après tout ce que j’ai vécu, je suis bien armé pour surmonter les défis, croyez-moi. En fait, attendez, ne me croyez pas. Donnez-moi encore quelques minutes et laissez-moi vous convaincre.

Après la mort de mon père, tout ce que je voulais faire était de travailler aussi dur que possible pour accomplir toutes les choses qui auraient pu le rendre fier. Mon père me poussait réellement lorsque j’étais enfant parce qu’il comprenait que je pouvait devenir important. Il a vu le drive que j’avais, et le talent, et il ne voulait pas que cela soit gâché. Donc il m’a poussé.

Quand il est parti, je devais me motiver moi-même. Et je n’allais pas le refuser. Mais je vais vous dire : ce n’était pas facile. Ce ne sera jamais facile.

A l’époque je n’étais même pas dans l’équipe universitaire. Ça changé rapidement.

J’ai travaillé dur comme je l’avais jamais fait, et ça a payé sur le terrain lors de mes deux dernières années de lycée. En première année, je suis sorti de nulle part. Mon année senior, mon équipe a eu la chance de remporter un championnat d’État – le premier de l’histoire de l’école – et j’ai été nommé dans la All-State Team, réalisant un objectif que je m’étais fixé avant la saison.

Mais quand même, je n’avais pas fini. Loin de là.

En fait, personne ne savait qui j’étais. Je n’étais pas de ceux qui étaient mis en lumière au lycée. Je n’étais pas à la télé, je ne suis pas allé aux gros tournois AAU. Je n’étais pas une star sur YouTube.

Aussi, je pesais 74 kilos.

Ce n’était pas vraiment le chemin du succès pour être recruté, mais je n’ai reçu ma première offre de bourse d’étude que lors de ma deuxième semaine de mon année senior. Elle venait d’Alabama State, et j’étais si enthousiaste, reconnaissant et… humble lorsque que j’ai ouvert la lettre. C’était un honneur d’être reconnu pour tout le travail que j’avais réalisé pour progresser.

Lorsque j’ai eu une offre d’Ohio University une semaine plus tard, c’est comme si j’avais reçu des offres de Kentucky ou Duke. Pour moi, c’était énorme.

J’ai signé une lettre indiquant que je voulais jouer pour les Bobcats (Ohio) et j’étais à y aller. Mais cela aurait été trop facile. Le coach qui m’a recruté à Ohio partait pour l’université d’Illinois. Et il ne me prenait pas avec lui. Il n’y avait pas de rancune, et finalement tout s’est bien passé parce que je suis devenu un Wolverine, mais j’ai compris le message. Il pensait que j’étais assez bon pour jouer au niveau mid-major, mais que je ne serais probablement pas en mesure de d’être performant dans une équipe de niveau high-major.

Je suis parti et j’ai continué à travailler pour devenir encore meilleur.

Quelques semaines après, Michigan venait me faire une offre et je me suis engagé à visiter l’université. Mais Coach Beillein était avec moi et m’a dit que je serai probablement Redshirt* lors de ma première année.

J’avais d’autres plans. A l’entrainement, je jouais aussi dur que possible. Et les coaches ont commencé à le noter. Avant et après les entrainements et même lors des jours off, je faisais des un-contre-un avec Trey Burke. C’était constant. Et ces affrontements étaient intenses. Aucun de nous ne voulait perdre. La plupart des jours, nous jouions jusqu’à ce que je le batte. Et Trey n’est pas facile à battre en tête-à-tête. Nous avons donc joué beaucoup de matches, probablement des centaines.

On jouait même avant les matches de Michigan. Je me rappelle qu’avant un match, on jouait vraiment dur et on a entendu quelqu’un crier depuis les tribunes. C’était Coach Beillein. Il nous regardait et nous a dit « Hey ! Reposez vos jambes, on joue dans une heure ! ». On a rigolé mais l’on s’est arrêté de jouer. Je pense que je gagnais encore.

En peu de temps, j’ai montré suffisamment aux coaches pour les convaincre d’avoir de vraies minutes sur le terrain. À la fin de la saison je jouais même le championnat national. Je sortais du banc mais on avait quand même Trey Burke, Tim Hardaway Jr, Mitch McGary, Nik Stauskas, and Glenn Robinson III dans le cinq titulaire.

L’année d’après, j’ai eu ma chance. J’espérais être le 6th Man of the Year dans la Big Ten, mais j’avais des moyennes de 13 points par match après les deux premiers matches où j’ai commencé, et j’étais le meilleur intercepteur de l’équipe. Tous les yeux se sont levés vers moi.

Mais encore une fois, rien n’a été facile pour moi. Après la saison, j’ai subi une intervention chirurgicale pour une fracture de fatigue au pied gauche. À mi-parcours de mon année junior, j’avais élevé ma moyenne de points à environ 15, ma défense s’était encore améliorée… et je me suis encore fait mal au pied.

Je suis revenu pour ma saison senior terminer mon travail et devinez quoi ? Je me suis encore fait mal au pied. Cette fois, cependant, les choses ont été différentes. Le docteur Martin O’Malley m’a opéré à l’hôpital de chirurgie spéciale de New York. Il est l’un des meilleurs, le même médecin qui a opéré au pied de Kevin Durant l’an dernier. KD et moi avons tous deux eu une fracture de Jones du cinquième métatarsien et nous nous sommes fait soigner par le même spécialiste.

Cela fait 13 semaines depuis la chirurgie et mon pied est bon maintenant. Je viens tout juste de recevoir ma dernière série de radiographies l’autre jour, et le Dr O’Malley m’a dit que je suis complètement guéri. Il est confiant que je pourrai revenir fort et que ce ne serait vraiment pas une surprise.

KD, qui, comme moi, a déjà subi d’autres blessures au pied, a tout simplement résisté à un calendrier de 82 matchs et aux playoffs. Il semble OK pour moi. C.J. McCollum est un autre gars qui a eu la même blessure et d’autres problèmes de pieds. On dirait qu’il va très bien aussi.

Donc il y a un précédent.

KD est entré en contact avec moi il y a quelques mois et m’a assuré que le Dr O’Malley me ferait me sentir comme neuf. Et j’y suis presque.

Je ne peux plus attendre de montrer au monde lors de mes débuts en NBA que j’ai du handle, que je peux shooter, driver et défendre. Je peux jouer meneur, arrière ou même ailier. Ma polyvalence est mon meilleur atout, et j’ai des compétence de dribbles uniques. Si vous ne me croyez pas, regardez les highlights de mon dernier match complet la saison dernière avant que je me blesse.

C’était notre premier match de l’année dans la Big Ten, et je sens que c’est le meilleur match que j’ai joué. 22 points, 10 assists, 5 rebonds. J’ai montré tout mon jeu. J’ai montré que je savais tirer en catch and shoot ou scorer sans dribble. J’ai montré que je savais driver et chercher des lancers. On a gagné de 10 points, à l’extérieur, contre Illinois… qui était l’équipe pour laquelle je n’étais pas assez bon pour jouer quelques années auparavant.

Donc voilà. Un gars résilient avec une grosse envie de jouer. Que pourriez-vous demander de plus ?

Prêt à travailler,

Caris LeVert

*Redshirt : l’étudiant ne peut pas jouer pendant sa première année mais peut suivre un cursus de 5 ans à la fac.


Publicités

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s