Head coach des Brooklyn Nets depuis 2017, Kenny Atkinson a d’abord été joueur avant de connaitre les bancs de la NBA. Meneur de jeu, l’Américain a pendant de nombreuses années foulé les parquets européens et a évolué dans plusieurs clubs français (Montpellier, Épinal, Mulhouse, Nantes & Evreux). Déjà entraîneur dans l’âme, il a également connu une expérience d’assistant coach au Paris Racing avant de s’envoler vers les États-Unis. Pour mieux comprendre le personnage, nous sommes allés discuter avec des personnalités ayant côtoyé de près le joueur Kenny Atkinson, mais également l’homme. Pour le troisième entretien, M. Terence Jonathan « TJ » Parker, ancien joueur pro du Paris Basket Racing et actuellement coach de l’ASVEL.

TJ Parker : « Apprendre derrière Mike Budenholzer je crois que ça aide beaucoup »

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Terence Jonathan « TJ » Parker – Joueur du Paris Basket entre 2005 et 2007

Merci d’avoir accepté de nous parler de Kenny, et notamment de la période où vous avez travaillé ensemble. C’était au Paris Basket Racing il y a plus de dix ans maintenant.

Je l’ai connu quand je suis arrivé en 2005. Et c’est vrai qu’on avait construit une équipe à Paris avec un budget un peu bas. C’était une chance pour moi de sortir et de jouer beaucoup de minutes. Donc j’y suis allé, parce qu’il y avait Gordon Herbert, mon agent m’a prévu que c’était un bon coach, et puis il y avait aussi Kenny en tant qu’assistant. Il s’occupait de tout ce qui est travail individuel à côté.

Moi ce que j’ai vraiment aimé dès le début, c’est sur le travail individuel. C’est une personne qui m’a fait beaucoup progresser. Et qui nous prenait au quotidien, que ça soit le matin, après l’entraînement, avant l’entraînement, toujours toujours là pour nous faire travailler. Et puis, et c’est ce que j’ai remarqué, c’est toujours vouloir faire plus, travailler, travailler, travailler. Au quotidien il est toujours de bonne humeur, toujours prêt à tout faire pour nous faire progresser.

Son rôle en tant qu’assistant était donc vraiment de s’occuper des joueurs individuellement ?

Moi c’est avec lui que je passais le plus de temps parce que c’est un truc je crois qu’il aimait aussi lui le travail individuel. Et je crois que c’est même avec ça qu’il a commencé en NBA, en tant que player developpement. Donc c’est vraiment quelque chose qu’il faisait avec une grande passion ! Et moi j’en ai bénéficié. D’être avec lui tous les jours pour hyper travailler quoi.

C’était sa toute première expérience sur un banc, puisqu’il avait raccroché les baskets très récemment et que sa carrière était terminée…

Il était encore joueur la saison d’avant, mais ce n’est pas beau ce que tu dis (rires). Parfois il s’entraînait avec nous. Comme parfois où l’on n’était pas 10 à l’entraînement, c’est vrai qu’il était toujours pour s’entraîner quand on avait besoin de lui.

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TJ Parker au milieu de ses coéquipiers sous les couleurs du Paris Racing (2005) – © Getty Image

Justement, c’était ma prochaine question : il était comment avec vous sur le banc ? Est-ce qu’il était ce genre de coach encore joueur dans l’âme, encore un peu « player », a trépigner pour entrer sur le terrain ?

Il s’entraînait quand on avait besoin de lui mais il commençait son rôle assez spécifique d’assistant coach, axé vraiment sur le travail individuel et le players developpement. Et il faisait ça très bien. C’est quelque chose que tu as plus facilement au début quand tu es un ancien joueur. C’est comme moi, quand je suis arrivé à l’ASVEL, j’ai adoré faire du travail individuel et même rester après au contact des joueurs, voire même faire des 1vs1 contre eux ou des choses comme ça. C’est bien quand t’es ancien joueur, tu as les capacités de faire ça.

Il s’adressait à vous en français ou en anglais alors (sourires) ?

Je parlais plutôt en anglais avec lui. En anglais parce j’ai cette habitude aussi chez moi de parler anglais avec mon père par exemple, et de parler français avec TP et puis aussi anglais avec Pierre (le père de Tony, TJ et Pierre, le basketteur Tony Parker Senior est américain, NDLR). Donc c’était un peu une habitude parce j’ai un peu grandi sur les deux pays.

Kenny était meneur, vous vous étiez arrière ? Il vous a beaucoup appris ?

Bien sûr parce que déjà c’est ma première année dans le monde professionnel, celle où j’apprenais quoi. Et lui avait déjà pas mal d’expérience. Il était en fin de carrière mais il avait déjà bien joué en France. Que ça soit même au niveau même du travail vidéo ou que ça soit sur le terrain, Kenny m’a appris beaucoup de chose.

« Sans Franchise Players c’est vraiment dur d’arriver en play-offs »

Est-ce que vous lui connaissiez des modèles, en tant que joueurs mais également en tant que coach ou dirigeants ? Est-ce que vous avez souvenir de ça, de personnes qui l’inspirait particulièrement dans le monde du basket ?

Non, il ne parlait pas trop de ça. Je crois qu’au début il était vraiment beaucoup orienté vers tout ce qui est travail individuel, player developpement avec tous les jeunes qui étaient là et franchement je crois qu’il était plus sur ça. Maintenant il a évolué, il fait son passage comme tout le monde et j’étais vraiment content pour lui quand il a eu son poste !

Kenny Atkinson a été profondément marqué par son passage en France et notamment sur son arrivée sur le banc en tant qu’assistant au Paris Basket Racing. Interrogé sur ses principales sources d’inspiration par Adrian Wojnarowski lors d’un enregistrement du Vertical Podcast (2016), il a ainsi révélé que Gordon Herbert (l’ancien coach de Paris et de Pau, notamment) l’avait beaucoup influencé, mais surtout, qu’il avait été très marqué par sa collaboration avec Antoine Rigaudeau.

« J’ai coaché en première division en France et j’avais un coach canadien fantastique (Gordon Herbert – ndlr). Après lui, j’ai travaillé avec un coach grec (Ilias Zouros – ndlr) et mon GM était Antoine Rigaudeau. En Europe, on l’appelle « le roi ». Je ne sais pas si les gens ici voient bien de qui il s’agit, il a joué un peu à Dallas à la fin de sa carrière, mais ce gars est une sorte de savant du basket ! C’est un grand joueur et il a eu une très grande influence sur moi. »

Source : Basket-actu.com

Maintenant que vous êtes coach vous aussi, comment jugez vous son travail en tant qu’entraîneur vu que vous tous les deux des head coach désormais ? Comment qualifieriez-vous son style de jeu, sa manière de manager une équipe ?

J’ai pas trop le temps de regarder la NBA ! Je ne pourrais pas vous dire. Mais s’il en est là où il est l’est c’est qu’il a travaillé avec des vrais coachs aussi. Il a quand même commencé à New York avec Mike D’Antoni. Après il est parti à Houston (c’était juste avant son expérience à NY, NDLR) et après il était à Atlanta pendant longtemps avec Mike Budenholzer. Donc ça c’est aussi un peu aussi la spirit « San Antonio Spurs ». Et quand tu apprends derrière Mike, je crois que ça aide beaucoup pour après te construire toi-même quoi. Et puis je sais qu’il y a une structure à Brooklyn avec Sean Marks en tant que GM. Je crois qu’il a appris aussi de voir comment les San Antonio Spurs fonctionnent. C’est un peu comme ça la NBA, c’est de prendre exemple sur les franchises qui ont réussi et d’avoir appris derrière Mike je pense qu’il s’est bien construit aussi.

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Kenny Atkinson (à gauche) aux côtés de Mike Budenholzer (le plus en avant) et du staff des Atlanta Hawks en 2013 – © Getty Image 

Vous l’auriez cru vous à l’époque si on vous avait dit, du coup en 2005, que votre assistant coach serait entraîneur en NBA ?

(Rires) Pas vraiment non ! Pas vraiment parce que c’était vraiment tôt pour le dire. Le seul truc où je savais qu’il allait réussir dans ce qu’il voulait faire concerne ce qui se rapporte au player developpement quand il arriverait en NBA. C’est que c’est un vrai bosseur quoi ! Il est tout le temps à la salle, il est tout le temps là ! Il prend le temps pour toi de te voir progresser. Tu veux venir une heure avant ou tu veux rester une heure après ? Il est toujours là pour bosser avec toi. Et quand t’as des gens comme ça qui sont vraiment à fond, tu trouves toujours une place quelque part de toute façon. Donc après il a vraiment mis le pied où il fallait pour entrer en NBA. Et après bah c’est toi qui te fait ton propre chemin. On le voit si t’es bosseur ou pas !

Oui. Et ça réussit plutôt pas mal pour lui en effet. Il devrait rester encore une saison. Dans une franchise comme Brooklyn en pleine reconstruction, c’est toujours rare de rester longtemps à la tête d’une équipe.

Ouais ça c’est les risques que tu prends quand tu signes. Mais après quand on t’offre le poste de head coach c’est dur de refuser. Et chez les Brooklyn Nets pour lui ça doit être encore plus touchant parce que c’est un peu de là où il vient. Il est de New York donc  forcément… Après c’est vrai que tout le boulot qu’il a accompli est positif. Mais c’est vrai que quand tu n’as pas des superstars dans l’équipe et des Franchise Players c’est vraiment dur d’arriver en play-offs ou faire quelque chose. Après il faut juste qu’il mette la main sur une perle. C’est comme ça que ça marche en NBA. Dès que tu mets la main sur perle… On peut le voir à Philadelphie. S’ils avaient pas Ben Simmons et Joel Embiid…

C’est également le cas à Milwaukee avec Giannis Antokoumpos…

Exactement ! Il faut juste avoir la chance de tomber sur une perle ! Après tu fais un, deux ou trois ans et boum c’est parti ! Et tu as une équipe qui est compétitif pour les play-offs.

Petite question à part :

Une carrière de coach en NBA, ça vous attirerez ?

Ouais ça m’attire moi c’est sûr ! Les Etats-Unis moi c’est quelques chose que moi j’adore, ma famille bah … j’ai grandi une partie de ma vie là bas et c’est vrai que tout ce qui est basket … pas juste NBA mais aussi universitaire me plait beaucoup. Donc moi c’est .. je suis vraiment venu à l’ASVEL pour bah vraiment débuter, apprendre, tu vois passer mes diplômes et c’est vrai que après c’est vrai que j’ai cette envie de voilà retâter du basket américain.

Oui parce que après je sais que certains préfèrent se concentrer sur le baskey européen, qui n’est pas forcément le même….

Ouais moi tu sais après la chance que j’ai eu c’est que j’ai pu mettre le nez dans tous les types de basket : l’EuroLeague, la NCAA, la NBA, donc c’est bien pour se construire après, de prendre un peu partout quoi !

Propos recueillis par Ionim Fournier

(Le prochain et dernier épisode est à retrouver dès lundi prochain)

← Coach Atkinson, Ep.3 – Christian Monschau


Journaliste amoureux des Nets depuis l'arrivée de la franchise à Brooklyn en 2012, il espère secrètement connaître la joie d'un titre NBA.

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