Arrivé à Brooklyn avec l’image d’un vétéran cantonné aux bancs de la NBA, Jared Dudley a déjoué tous les pronostics depuis le début de la saison. Titulaire, débordant d’envie et pièce maîtresse du jeu de Kenny Atkinson, le joueur de 33 ans détonne et a plus d’un argument à faire valoir pour aider les Nets dans leurs objectifs.

Une expérience précieuse

Avec une moyenne de 25.7 ans, l’effectif des Nets est le 7e plus jeune de la NBA. Dans les faits, quatre joueurs seulement ont plus de 27 ans et de cinq saisons en NBA (Faried, Davis, Carroll et Dudley) ! Avec ses 12 ans d’expérience dans la Grande Ligue, Jared Dudley fait figure d’ancien. Un vrai plus pour l’équipe new-yorkaise et surtout pour le coach Kenny Atkinson, qui dispose d’un nouveau relais sur le terrain. « Il est comme l’entraîneur des joueurs » déclarait récemment Jarrett Allen. Caris LeVert, de son côté, n’hésite pas à qualifier le joueur de 33 ans de « drogué du basket ». Lors du match contre son ancienne équipe de Phoenix, il était même capitaine.

Drafté en 22e position par les Charlotte Bobcats en 2007, le vétéran est arrivé en NBA en même temps que… Kenny Atkinson. L’actuel coach des Nets venait en effet de revenir au pays cette même année chez les Rockets, en tant que directeur du développement des joueurs, après de longues années à parcourir l’Europe. Douze ans et cinq franchises plus tard, le voici aux Nets afin d’encadrer la jeunesse new-yorkaise. Lui qui a notamment évolué aux côtés de Steve Nash, Shaquille O’Neal, Amar’e Stoudemire, Grant Hill, Chris Paul, Blake Griffin, Giannis Antetekounmpo et John Wall, comme le souligne Tom Dowd sur le site des Nets.

« Jared est le genre de mec très utile pour disséquer nos matchs précédents, mais aussi les matchs que nous allons avoir, juste pour aider les gars et leur apprendre ce qu’il faut chercher, ce qu’il faut regarder. Il est dans cette ligue depuis longtemps, a joué avec beaucoup d’excellents joueurs, a joué pour beaucoup d’excellents entraîneurs, fait partie d’équipes qui gagnent. Son opinion est donc extrêmement précieuse. » – Joe Harris

Un ballon qui circule plus

Une expérience suffisante pour en faire un titulaire au poste d’ailier-fort, à la place notamment de Rondae Hollis-Jefferson et de Kenneth Faried ?

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Dudley a dans un premier temps profité de la blessure contractée cet été par RHJ pour lui prendre sa place dans le Cinq majeur. Le numéro 6 de Brooklyn est également arrivé prêt physiquement, et surtout plus en rythme que Faried, troisième option des Nets à ce poste et longtemps mis au frigo du côté des Nuggets. Outre son ancienneté et ses nombreux matchs au plus haut niveau, c’est sa façon de jouer qui a énormément plu au coach Atkinson cette saison.

« Il nous donne une expérience de vétéran et il maintient vraiment la balle en mouvement. C’est ce que les entraîneurs aiment. Il n’est pas porteur de balle. Il rend meilleurs les autres gars. Il facilite pour Caris, il facilite pour D’Angelo. Ça ne colle pas entre ses mains et il nous donne un peu de spacing. Défensivement, vous avez vu ce que Blake Griffin a fait l’autre soir (50 points, NDLR) et vous avez vu ce que Jared a fait contre lui. J’ai toujours eu l’impression qu’il était un défenseur sous-estimé. » – Kenny Atkinson

Dudley ne monopolise pas le ballon, et distribue pour les leaders offensifs de l’équipe, Russell en tête. Son Usage Percentage (USG%, pourcentage d’usage), indiquant le pourcentage des possessions de son équipe qu’un joueur « utilise » quand il est sur le parquet, n’est que de 10.4%* cette saison. En comparaison, celui de Hollis-Jefferson monte à 21.0% cette année (21.4% l’année dernière).

40.1% de ses passes sont vers D’Angelo Russell. Pour le reste, 16.2% le sont vers Spencer Dinwiddie, 10.1% vers Joe Harris et 6.1% vers Jarrett Allen. La saison dernière, Hollis-Jefferson « cherchait » l’intérieur rookie beaucoup plus rarement (1.3%) et préférait aller scorer ou ressortait lui aussi sur les extérieurs. Le ballon circule plus vite entre les mains de Dudley, oui, mais son nombre de passes décisives est inférieur cette saison à celui de « Chap » (le surnom de Hollis-Jefferson, NDLR) la saison passée (1.5 contre 2.5 en moyenne par match).

Une autre option offensive

Avec 4.6 points par match depuis le début de la saison, Dudley fait mieux que l’année précédente (3.2 pts). Une moyenne qui n’a pourtant jamais été aussi basse de toute sa carrière. Même lors de sa saison rookie, le natif de San Diego en Californie pointait à 5.8 points, et avec un temps de jeu inférieur (19.0 minutes contre 23.0 minutes cette année).

Les pourcentages au tir confirme cette tendance d’un joueur moins scoreur : 37.4% au shoot cette saison, soit sa moyenne la plus basse de sa carrière. C’est la deuxième année consécutive qu’il ne dépasse pas les 40% sur cette ligne de stats. Lors de la première saison de son retour à Phoenix, il y a deux ans, il tournait encore à 45.5% au shoot, dont 37.9% à 3 points. Le pic de sa carrière se situe lors de la saison 2009-10, où les Suns avaient atteint la finale de conférence Ouest, et où il atteignait 45,8% derrière l’arc. Un chiffre retombé à 30.8% cette saison.

Malgré des statistiques en baisse, l’adresse de loin de Dudley reste néanmoins une arme que peu de joueurs à son poste peuvent se targuer d’avoir. En comparaison, Hollis-Jefferson shoot à 12.5% du parking cette saison, et à 22.5% en carrière. Kenneth Faried quant à lui n’a shooté que… 20 fois de loin dans toute sa carrière et n’a jamais inscrit un seul tir primé.

Un spacing qui profite à tous

Dans une NBA en pleine mutation, les intérieurs fuyants sont de plus en plus prisés. Véritable ailier à ses débuts, le numéro six des Nets a souvent dépanné au poste d’ailier-fort, notamment à Milwaukee où l’ancien joueur et coach des Nets, Jason Kidd, avait tenté le pari d’un Jared Dudley poste 4. « Il se sent à l’aise dans ce rôle bien qu’il soit un peu léger par rapport à d’autres joueurs. Jared joue avec son cœur et il possède un énorme QI basket. […] Il est aussi un bon passeur. Bref, il nous apporte beaucoup de choses dont nous avons grandement besoin » expliquait coach Kidd à l’époque. Des qualités qu’apprécie lui aussi Kenny Atkinson aujourd’hui encore.

Excellent en catch and shoot, disposant d’un shoot assez fiable, il apporte surtout du spacing à cette formation de Brooklyn, redoutable à 3 points depuis l’arrivée de Kenny Atkinson sur le banc. Chiffre incroyable pour un intérieur : 58.8% des points inscrits par Dudley le sont… de derrière la ligne des 3 points ! Des 33.3% de points marqués à 2 points, 25.5% le sont depuis la peinture, zone située juste sous le panier. Confirmant l’idée que l’homme au bandeau ne score jamais ou presque à mi-distance et laisse donc cette zone pour les spécialistes de l’équipe, D’Angelo Russell en tête. Bien qu’il soit assez adroit dans cette zone du terrain.

Jared Dudley
Les paniers inscrits cette saison par Jared Dudley. Les couleurs permettent de savoir où se situe le joueur par rapport à la moyenne de la Ligue (FMG = Field Goals Made, Paniers rentrés)

Cette proportion à s’écarter laisse également le champs plus libre à Jarrett Allen, qui confirme cette saison encore son grand potentiel. Dans la second unit, c’est Ed Davis qui en profite et fait le boulot, notamment au rebond offensif. Le joueur lui même confirme cette impression générale. « Certains entraîneurs ne le voient pas, mais les bons le voient. En entendant parfois Kenny le reconnaître, parfois ce que je fais ne se voit pas dans la feuille de statistiques. Ça peut être s’agir d’écrans flare (loin du ballon). »

Une défense perfectible

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Si le joueur a réussi à séduire ses différents coachs par son état d’esprit et ses capacités offensives, c’est également défensivement que Dudley marque des points. Les journalistes de NothingButNets n’hésitent pas à encenser le joueur de 33 ans. « Il a un excellent QI en matière de jeu défensif. Dudley n’est pas connu pour être une menace au contre ou en interception, mais c’est un excellent défenseur sans ballon. »

Même s’il n’hésite pas a donner de sa personne, la production défensive de l’intérieur est encore assez légère. Avec seulement 2.2 rebonds défensifs en moyenne par match, c’est moins bien que Rondae Hollis-Jefferson (5.3 la saison dernière, 4.2 cette saison) et Ed Davis (4.8 cette année). Les intérieurs adverses profitent souvent du manque de mobilité du joueur pour aller attaquer le cercle, et le dernier rempart : Jarrett Allen.

Même s’il semble avoir perdu sa place de titulaire qu’il occupait depuis le début de saison, Jared Dudley reste une solution tout à fait crédible dans l’esprit de Kenny Atkinson, qui continue à lui faire confiance en lui donnant de nombreuses minutes. Sa présence offre des solutions inédites, notamment offensive, pour la jeune équipe de Brooklyn, avec son profil d’intérieur fuyant. Suffisamment pour faire de lui le poste 4 avec le plus de titularisations depuis de début de saison, et une meilleur option que Kenneth Faried dans la tête du head coach des Nets.

*statistiques arrêtées au 29/11/18


Journaliste amoureux des Nets depuis l'arrivée de la franchise à Brooklyn en 2012, il espère secrètement connaître la joie d'un titre NBA.

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